D’un point de vue général, Fabrice Dalongeville, maire d’Auger-Saint-Vincent, note que le principe de précaution n’a pas été respecté dans ce domaine. Entre 1997 et 2005, 47 000 tonnes ont déjà été déversées dans l’Oise. Le Préfet aurait dû exprimer un réserve à ce sujet, ce qu’a traduit à sa manière le Tribunal administratif en donnant raison à l’association des Amis du Bochet. Mais la pression de cette partie de la région parisienne, en l’occurrence de ces 8,5 millions d’habitants, a dû être très forte pour forcer cette décision.
Enfin, on peut regretter la façon dont ce type de dossier est instruit. Si les règles de l’enquête publique sont respectées, en revanche, on peut émettre des critiques quant à la diffusion de l’information auprès des citoyens. De fait, on ne sent pas la volonté de conduire un véritable débat sur ce sujet.
A Auger-Saint-Vincent
Un peu plus de 86 hectares sont concernés à Auger par ce projet. Après en avoir débattu en conseil, de vives réserves ont été émises par les élus, en particulier par les exploitants agricoles.
La présence de métaux lourds est rédhibitoire. Même s’il est avancé par le SIAAP que le taux est inférieur aux normes en vigueur, il est nécessaire d’être très prudent en la matière, car rien n’indique quelles seront les règles en vigueur à moyen terme, notamment en ce qui concerne la filière agro-alimentaire. Dans ce domaine, les agriculteurs d’Auger sont très sensibles à la qualité dans le temps de leurs terres. En cela, ils sont sensibilisés et contraints par les donneurs d’ordre de la filière légumineuse de respecter un cahier des charges strict. En l’occurrence, il leur est interdit d’épandre des déchets de type Achères.
Par ailleurs, Auger applique à son niveau un principe de précaution pour motiver sa décision. Sont présents sur le territoire de la commune les puits de captage d’eau potable qui alimentent en eau 25 000 habitants du Valois. Lors de l’enquête public du zonage d’assainissement de décembre 2004, les conclusions du commissaire enquêteur ont été de privilégier l’option collective, de façon à protéger au maximum la ressource en eau. En d’autres termes, il s’agit de limiter les pollutions de surface, y compris dans le périmètre de protection dit éloigné.
Si la délimitation du périmètre de sécurité - éloigné - de ces puits n’intègre pas les parcelles concernées par l’épandage – elles ne tombent pas dans le périmètre rapproché - , on peut toutefois émettre de réelles réserves quant à ce traçage. En effet, les limites " éloignées " n’obéissent pas à des relevés en sous-sol mais en surface comme les chemins et les routes. Ce faisant, dans un soucis de cohérence, Fabrice Dalongeville estime que les conclusions du commissaire enquêteur concernant l’assainissement doivent être rapprochés de l’avis concernant l’épandage des boues Achères : la protection de la ressource en eau.
Enfin, on peut d’ores et déjà s’interroger sur les conséquences olfactives de cette décision. Déjà, l’épandage des résidus sucriers génèrent des odeurs fortes et durables.
Enfin, pour reprendre la citation de Victor Hugo tirée des Misérables et cité dans l’enquête : " Si notre or est fumier, en revanche, notre fumier est or ". Je reprendrai les propos de ce grand écrivain en les détournant : " Si notre or est terre, notre terre est or ". Préservons là afin de l’offrir aux générations futures pour ainsi leur éviter de réaliser une enquête publique en 2040 visant à élaborer un vaste programme de dépollution.